Détaillants de cannabis en Ontario : des règles claires
Les détaillants de cannabis de l'Ontario réclament des règles claires face à la hausse des introductions par effraction
Les détaillants de cannabis légaux de l'Ontario sonnent l'alarme devant la multiplication des vols à main armée et des introductions par effraction, et blâment une réglementation provinciale qui, selon eux, rend les magasins vulnérables. Au cœur du problème : des règles ambiguës sur les revêtements de fenêtres, qui, d'après de nombreux détaillants, créent des environnements dangereux en bloquant la visibilité. Alors que les incidents se multiplient dans des villes comme Brampton, les propriétaires d'entreprises exhortent la Commission des alcools et des jeux de l'Ontario (CAJO) à réviser ses lignes directrices et à faire de la sécurité des employés et des clients une priorité.
La controverse des revêtements de fenêtres : ambiguïté contre sécurité
La réglementation provinciale prévoit que les produits et accessoires de cannabis ne doivent pas être visibles de l'extérieur des magasins. Or, les inspecteurs appliquent cette règle de façon inégale et pressent souvent les détaillants d'installer des revêtements complets. Jazz Samra, fondateur de Sativa Bliss Cannabis (cinq succursales en Ontario), soutient que cette approche a des effets imprévus :
« Les revêtements opaques transforment les magasins en cibles. Les criminels savent qu'ils peuvent agir sans être vus, et le personnel ne peut pas repérer les menaces à l'extérieur. »
La position officielle de la CAJO
La CAJO a précisé à StratCann que les revêtements de fenêtres ne sont pas obligatoires :
Norme réglementaire : les magasins doivent seulement s'assurer que les produits ne sont pas visibles de l'extérieur.
Solutions souples : parmi les solutions de rechange, on compte les armoires opaques, les cloisons intérieures ou un étalage stratégique.
Malgré cela, de nombreux détaillants affirment que des inspecteurs exigent des revêtements complets, ce qui crée de la confusion et des casse-têtes de conformité.
La vague de criminalité à Brampton : une étude de cas sur la vulnérabilité du commerce de détail
La Police régionale de Peel a confirmé quatre vols dans des magasins de cannabis de Brampton entre décembre 2023 et janvier 2024 :
9 décembre : de l'argent et des produits volés; aucune arrestation.
19 janvier : deux vols à main armée en quelques heures.
20 janvier : des armes à feu utilisées chez Piffingtons Cannabis Co.; les suspects ont pris la fuite.
Raju Saini, président de Piffingtons, a retiré les revêtements de son magasin après l'incident du 20 janvier :
« Nous avons reconnu le véhicule des suspects grâce aux réseaux de détaillants. Quand j'ai vu des armes, j'ai compris que les règles devaient changer : la sécurité avant la conformité. »
Les réseaux de détaillants : une bouée de sauvetage en temps de crise
Avec une couverture médiatique minimale, les détaillants comptent sur des réseaux privés pour partager les alertes de sécurité. MM. Saini et Samra soulignent le rôle crucial de ce système :
Alertes en temps réel : des groupes WhatsApp et Telegram détaillent la description des suspects, les véhicules et les méthodes.
Défense communautaire : l'Ontario Cannabis Retail Alliance (OCRA) fait pression sur les décideurs pour obtenir des lignes directrices plus claires.
Stigmatisation et sécurité : comment les revêtements de fenêtres nuisent à l'image du secteur
Katy Perry, PDG de TOKE Cannabis, n'a jamais installé de revêtements dans ses huit magasins, invoquant la sécurité et la stigmatisation :
« Les revêtements laissent croire que nous cachons quelque chose. Six ans après la légalisation, il est temps de normaliser la vente au détail de cannabis. »
Les défis liés à la perception du public
Renforcement des préjugés : les vitrines opaques évoquent les dispensaires illicites.
Répercussions économiques : 62 % des consommateurs interrogés dans un sondage de 2023 associent les vitrines couvertes à des commerces « louches », ce qui nuit à l'achalandage.
Les détaillants prennent les choses en main
Bravant l'ambiguïté de la CAJO, des magasins comme TOKE et Piffingtons adoptent des solutions transparentes :
Autocollants givrés : ils masquent les produits tout en laissant passer la lumière et la visibilité.
Aménagements stratégiques : exposer des articles sans cannabis (p. ex. des vêtements) près des fenêtres.
Améliorations de la sécurité : boutons d'alarme, coffres à ouverture temporisée et systèmes d'entrée à double porte.
Le coût de la non-conformité
Les détaillants risquent des amendes ou la suspension de leur licence si des inspecteurs jugent leur aménagement non conforme. Mme Perry raconte les résistances rencontrées :
« Certains inspecteurs ont discuté, mais nous leur avons montré la réglementation. La sécurité ne devrait pas être négociable. »
Le rôle de la CAJO : concilier conformité et sécurité
Bien que la CAJO affirme faire preuve de souplesse, les détaillants réclament des réformes proactives :
Des lignes directrices plus claires : interdire explicitement les revêtements obligatoires et promouvoir des solutions de rechange.
Une formation pour les inspecteurs : uniformiser l'application des règles pour réduire les incohérences.
Une collaboration avec la police : financer des audits de sécurité dans les secteurs à risque élevé.
Des réformes nécessaires à l'échelle de l'industrie
Un allègement fiscal pour la sécurité : les lobbyistes proposent des crédits d'impôt pour les magasins qui investissent dans du verre pare-balles ou des systèmes d'alarme.
Un soutien fédéral : étendre le Programme d'infrastructure de sécurité (PIS) du Canada aux détaillants de cannabis.
Des répercussions plus larges pour l'industrie ontarienne du cannabis
Le bilan économique des vols
Pertes directes : les magasins perdent de 10 000 $ à 50 000 $ par vol (produits, argent comptant, réparations).
Coûts d'assurance : les primes ont augmenté de 30 % en 2023 pour les détaillants de cannabis, contre 8 % pour les autres secteurs.
La crise de rétention des employés
Répercussions sur la santé mentale : 45 % des préposés à la vente en Ontario déclarent de l'anxiété après un vol.
Pénurie de main-d'œuvre : un roulement élevé, les travailleurs cherchant des industries plus sûres.
Leçons tirées d'autres administrations
Le modèle albertain
Règles de visibilité : aucun revêtement de fenêtre exigé; les produits sont cachés par des étagères.
Taux de vols : 22 % inférieur à celui de l'Ontario en 2023, selon les données de la GRC.
Ce qu'on observe aux États-Unis
Californie : exige des fenêtres transparentes et des caméras de sécurité; les vols ont diminué de 18 % après la mise en œuvre.
Michigan : des subventions de l'État financent l'amélioration de la sécurité des entreprises de cannabis.
Appel à l'action : les détaillants exigent des réformes immédiates
Réviser les normes de la CAJO : interdire les revêtements obligatoires et clarifier les options de conformité.
Augmenter les patrouilles policières : cibler en priorité les corridors du cannabis dans les secteurs où les vols sont fréquents.
Mener des campagnes de sensibilisation : combattre les préjugés en faisant connaître les protocoles de sécurité des détaillants légaux.
Jazz Samra résume l'urgence de la situation :
« Nous sommes des contribuables et des créateurs d'emplois. Si les magasins d'alcool n'ont pas besoin de vitrines opaques, pourquoi en aurions-nous besoin ? »
Conclusion : un moment charnière pour le secteur ontarien du cannabis
Alors que les vols mettent les détaillants à rude épreuve et érodent la confiance du public, la CAJO subit une pression croissante pour harmoniser la réglementation avec la réalité. Avec des magasins comme TOKE et Piffingtons qui montrent l'exemple, 2024 pourrait marquer un tournant, mais seulement si les décideurs agissent rapidement. Pour l'industrie ontarienne du cannabis, le choix est clair : donner la priorité à la sécurité ou risquer de compromettre les progrès du marché légal.
